Le deuxième nyama est santosa, le contentement. On le retrouve au sutra II-42 des Yoga sutras de Patanjali :

« Le bonheur suprême découle du contentement et d’une conscience bienveillante » B.K.S. Iyengar

Il s’agit donc d’accepter ce qui est. Le contentement est le contraire de l’avidité ou de l’envie qui sont insatiables. Les désirs sont des  obstacles au contentement. «  Un esprit insatisfait ne peut pas se concentrer, dit Geeta Iyengar, le contentement et la tranquillité sont des états d’esprit. Il y a contentement et tranquillité quand la flamme de l’esprit n’est pas agitée par le vent des désirs ».

Nous avons tendance à croire que le bonheur dépend de circonstances extérieures. Je serai heureuse, contente, lorsque j’aurai cet objet, lorsque j’aurai atteint cet échelon au travail, lorsque je gagnerai tant d’argent, lorsque telle personne m’aimera. Si je fais ce dont j’ai envie, si j’évite ce dont je n’ai pas envie, je serai heureuse. De même dans la pratique, nous avons tendance à négliger les postures plus confrontantes, plus difficiles pour aller vers des postures que nous aimons, plus faciles, sans tenir compte de nos besoins. 

 Ce dont nous parle Patanjali est différent. Santosa est le contentement sans conditions.  Ce n’est aucunement un état de laisser faire, une recherche de confort. Le confort seul ne mène pas au contentement, il ne mène pas non plus à la croissance. Santosa est  plutôt une  recherche de vérité et d’acceptation de cette vérité. Demeurer dans un état de  contentement dans une situation difficile, dans une posture difficile est un grand défi et la tentation est souvent grande de renoncer ou de réagir émotivement, se fâcher, ou s’abandonner au sentiment de frustration. Pourtant demeurer paisible, content est la seule voie pour progresser.

Comment demeurer calme et paisible dans la pratique de postures plus exigeantes? Utiliser la respiration peut nous aider. Ne pas bloquer la respiration, respirer calmement,  rester présent à ce qui se présente,  sensation,  émotion ou pensée sans s’y attacher.

Dans le yoga, on dit souvent que la peur est notre plus grand ennemi. Nous éprouvons toutes sortes de peurs. Peur de l’inconnu, de perdre la face, de ne pas être aimé, d’être seul, de tomber, de vieillir, de mourir. Le contentement ne peut coexister avec la peur. La peur nous paralyse.  Nous avons peur de souffrir. « Si tu as peur de souffrir,  dit le soufisme,  tu souffres déjà ».

On ne peut être vraiment libre que lorsqu’on arrive à rester serein même dans les situations difficiles. La pratique des asanas et du pranayama nous aide énormément à faire face aux situations difficiles, à  faire face aux obstacles qu’ils soient physiques, émotionnels ou mentaux. Dans la pratique, comme dans la vie, nous devons d’abord accepter ce qui est maintenant. Chaque moment contient de précieuses informations et peut nous servir de guide pour évoluer. Accepter le moment présent tel qu’il est ne signifie être passif, il faut agir. Ne pas se laisser prendre dans le tourbillon des regrets (je ne veux pas que les choses soient ainsi, c’est injuste, etc.)  Seulement alors  est-il possible d’évoluer. Après avoir reconnu les limites actuelles on peut travailler à les éloigner avec patience, compassion, volonté et détachement.

J’aimerais terminer avec cette citation tirée d’une entrevue de Robert Béliveau dans La soif de bonheur, Bayard Canada, 2012 p. 71.

« Qu’est-ce que c’est un être humain? C’est un être de beauté, de bonté, de conscience et de créativité. Je l’appelle un BBCC. La beauté parce que nous aspirons tous à la beauté, dans les arts, la littérature, l’architecture, la cuisine, l’érotisme, etc. Il ne suffit pas de répondre à notre faim, on veut bien manger. Ce besoin apporte une dimension extraordinaire de créativité. S’il n’y avait pas de beauté, s’il n’y avait que la bonté, par exemple, c’est-à-dire la compassion, si j’oubliais de venir au Jardin botanique pour me remplir les yeux de beauté, je deviendrais vide en peu de temps. Alors, il faut équilibrer la beauté et la bonté. Ensuite il faut la conscience. C’est pour cela qu’il est si important de s’asseoir et de méditer. Ce n’est pas important pour vivre, mais pour vivre plus sainement, plus sobrement, plus simplement, il faut se donner des moyens. Il ne suffit pas de vouloir, il faut se donner le moyen, trouver le moyen, l’appliquer dans sa vie, Ensuite, on verra les fruits. Le fruit le plus précieux, c’est de ne passer à côté de sa vie. C’est de vivre sa vie comme si elle importait vraiment. Et elle importe ».