Sauca

Nous avons parlé jusqu’ici des yamas, ces principes moraux qui nous indiquent ce que nous devons éviter, tels : la violence, le mensonge, le vol etc. Les nyamas ou deuxième membre du yoga nous indiquent ce que nous devons pratiquer pour progresser sur la voie du yoga. Il y a cinq nyamas : sauca, la propreté, santosa, le contentement, tapas l’auto-discipline, svadhyaya, l’étude de soi et ishvara pranidana, l’abandon au divin.

Intéressons-nous à la première de ces pratiques, sauca. Elle est mentionnée aux sutras II-40 et II-41. Guruji B.K.S. Iyengar les traduit ainsi :

II-40 « La pureté du corps et du mental nous font éviter les relations intéressées ne visant que l’assouvissement égoïste de nos désirs »

II-41 « Lorsque le corps et le mental sont purifiés et les sens contrôlés, apparaît aussi une conscience joyeuse nécessaire pour réaliser l’être intérieur ».

 Il commente : « Comme un temple que l’on nettoie quotidiennement, le corps devrait être irrigué tous les jours par une ration copieuse de sang, grâce aux asanas et au pranayama. Ils nettoient le corps physiquement, physiologiquement et intellectuellement ».

Le yoga nous donne donc les moyens pour rester « nets » dans tous les sens. La pratique posturale doit être faite avec un corps propre, dans un endroit propre et aéré. La pratique permet une meilleure circulation sanguine, une meilleure circulation d’énergie. Elle doit être abordée avec un esprit frais, un esprit neuf. Quiconque a eu le privilège de voir B.K.S. Iyengar pratiquer (ou même seulement vu des photos récentes de sa pratique) a eu une illustration de cela. Il est maintenant un homme âgé mais il n’est pas « vieux » dans sa pratique. Il l’aborde encore avec fraîcheur, présence, courage et patience.

Sauca, la propreté, ne s’applique pas seulement au corps, mais aussi aux actes, aux paroles, et aux pensées. En plus de nettoyer le corps, la pratique des asanas et du pranayama permet de nettoyer le mental souvent encombré d’émotions et de pensées toxiques. Les émotions envahissent la mémoire. « Le problème avec nous est que nous pouvons porter dans notre souvenir notre rancœur, nos ressentiments, nos haines, notre avidité même  lorsque le stimulus qui les motive est absent. Ainsi lorsque notre patron est en vacances, nous continuons à le détester. Si cela ne lui fait pas de mal, cette émotion nous pollue et nous empoisonne » dit B.K.S. Iyengar. Il ajoute que nous transportons ces émotions « comme des esclaves croulant sous leur fardeau, nous interdisant l’accès à la fraîcheur de la vie…Dans un organisme sain, les ressentis devraient passer comme des nuages devant le soleil ». Il dit aussi que « nous sommes à la recherche de  la liberté mais nous nous cramponnons à la servitude».

Les pensées peuvent également devenir très polluantes. On s’attache à des pensées négatives leur permettant de se gonfler, de nous alourdir et de nous priver d’un espace précieux. Il nous faut développer la vigilance et la présence d’esprit permettant de  voir s’approcher ces pensées « pas nettes ». « Si vous étiez une grande ville, dit B.K.S. Iyengar, permettriez-vous à un navire plein de matières toxiques d’entrer dans votre port? Pourquoi permettre à des pensées toxiques d’entrer en vous? » Ces pensées polluent notre espace intérieur et nous privent de la clarté et de la joie.

« Lorsque le corps et le mental sont purifiés et les sens contrôlés, apparait aussi une conscience joyeuse nécessaire pour réaliser l’être intérieur. Lorsque la conscience est joyeuse et bienveillante, celui qui cherche est prêt à recevoir la connaissance et la vision de l’âme. »  B.K.S. Iyengar

Sauca dans la pratique :

Aborder la pratique avec respect, soin, fraîcheur, lucidité, ouverture, précision, vigilance, et persévérance.

Avoir son matériel, propre en ordre

Constater l’état des lieux : Dans quel état est mon corps aujourd’hui, comment sont les  articulations, qu’ai-je besoin de faire pour préparer mon corps pour la pratique ou le cours?

Procéder par priorité, logiquement. Ne pas s’occuper seulement de la façade, ne pas faire seulement les postures que l’on préfère.

Ne pas négliger une posture ou une catégorie de postures pour que chaque partie du corps soit bien remise en ordre

Quelle partie de la posture n’est pas nette, claire? Comment remédier à cette situation?

 Faire une posture nette, débarrassée de ce qui l’encombre, de l’inutile

Redonner de l’éclat : ouvrir la poitrine

Aérer : respirer

 « La pureté du corps est essentielle pour le bien-être. Tandis que les habitudes d’hygiène comme les bains purifient le corps extérieurement, les asana et pranayama le purifient intérieurement. La pratique des asana tonifie le corps tout entier et élimine les toxines et impuretés causées par les excès. Le pranayama purifie et aère les poumons, oxygène le sang et purifie les nerfs. Mais plus importante que la purification physique du corps, est la purification de l’esprit pour le libérer d’émotions telles que haine, passion, colère, convoitise, cupidité, illusion et orgueil. Plus importante encore est la purification de la pensée (buddhi). Les impuretés de l’esprit sont emportées par les eaux de la bhakti (adoration). Les impuretés de la pensée ou de la raison sont consumées dans le feu de svadhyaya (étude du Soi). Cette purification intérieure apporte le rayonnement et la joie. Elle conduit à la bienveillance (saumanasya) et bannit la souffrance morale, le découragement, le chagrin et le désespoir (daurmanasya). Lorsque quelqu’un est bienveillant, il voit dans les autres leurs vertus, et pas simplement leurs fautes. La considération que l’on montre pour les vertus de quelqu’un lui donne de l’amour-propre et l’aide à combattre ses difficultés et ses peines. Quand l’esprit est lucide, il est facile de le concentrer sur une seule chose (ekagra). Par la concentration on obtient la maîtrise des sens (indriyajaya). Alors le chercheur est prêt à entrer dans le temple de son propre corps et à voir son véritable soi dans le miroir de son esprit. »

B.K.S. Iyengar, YOGA DIPIKA Lumière sur le yoga, Buchet /Chastel, Paris, 1985, p. 28.