Dans l’article précédent nous avons abordé les deux premiers yamas (principes moraux) à la base du yoga : ahimsa, la non-violence et satya, la vérité. Les autres yamas sont asteya, le non-vol, brahmacarya, la continence ou retenue et aparigraha, la non-cupidité.

Asteya, le non-vol, est mentionné au sutra II.37 des Yoga Sutras de Patanjali. On traduit ce sutra ainsi : « Celui chez qui le non-vol est fermement établi attire à lui tous les trésors ». B.K.S. Iyengar ou « Quand le désir de prendre disparait, les joyaux apparaissent ». Françoise Mazet. Bien sûr, il ne s’agit pas seulement du vol de biens matériels mais de l’abus de confiance, du vol des idées ou du travail des autres etc. Ce sutra nous encourage à développer nos propres forces, notre propre façon de voir. En cessant de s’accaparer du bien ou des idées des autres, nous gardons notre espace (externe et interne) disponible à la vie, prêt à recevoir ce qui s’offre. Comment peut s’appliquer asteya dans la pratique posturale du yoga? On pourrait se demander par exemple si une partie du corps est « abusée » et fait le travail pour d’autres parties du corps. Quelques questions simples peuvent être considérées : Est-ce que le côté gauche et le côté droit de mon corps font chacun leur travail ? Est-ce que chaque partie de mon corps fait son travail? Les parties de mon corps devant être actives sont-elles actives et les parties devant être passives le sont-elles?

Brahmacarya, la continence, se retrouve au sutra II-38 et Guruji B.K.S. Iyengar le traduit ainsi : «  Le sadhaka (pratiquant) chez qui la continence est fermement établie reçoit en quantité la connaissance, la vigueur la vaillance et l’énergie. » La continence dont on parle ici est une discipline qui s’applique au corps mais aussi aux paroles et aux pensées. On veut canaliser et contrôler l’énergie vitale. Selon J. Bouchart D’Orval : « Les habitudes de l’être humain inconscient de la source aboutissent à un effroyable gaspillage de son énergie vitale, ce qui le rend de plus en plus semblable à un arbre dont la sève s’est asséchée. Le corps dégénère rapidement et l’âme rapetisse » Certaines traductions du mot brahmacarya donnent ceci : Brahman : l’expression du divin et carya : aller vers. Alors, la pratique de brahmacarya sera de faire ce qui nous rapproche de notre essence divine et d’éviter ce qui nous en éloigne. Comment peut s’appliquer brahmacarya dans la pratique posturale? Voici quelques exemples de questions à se poser : Comment j’utilise l’énergie dans la pratique? Ma façon de pratiquer permet-elle à l’énergie de circuler? Ou y a-t-il vigueur, ou y a-t-il torpeur dans la posture? Y a-t-il contrôle, maîtrise dans la posture? Suis-je pleinement conscient de l’alignement, de la stabilité, de l’étirement? Comment se diffuse la conscience dans mon être?

Aparigraha, la non-cupidité, se retrouve au sutra II-39. «Celui qui se désintéresse de l’acquisition de biens inutiles connait la signification de la vie » F. Mazet. Selon Geeta Iyengar, «Une fois la maladie de la cupidité installée, il est impossible d’y renoncer ». L’avidité est une cause de souffrance. On veut de plus en plus de choses, on accumule de plus en plus de choses, on s’y cramponne ensuite et on craint de les perdre. On est tenté de se définir par nos possession, notre apparence, nos activités et on perd ainsi une énergie et un temps précieux. Quel rapport y a-t-il entre ce qu’on est et ce que l’on possède ou désire? Il faut développer la liberté face aux désirs et prendre soin de distinguer désir et besoin. La vie est l’unique richesse. Qu’est-ce qu’on veut vraiment, profondément? Comment peut-on adapter aparigraha dans la pratique posturale? Voici quelques éléments à considérer : Comment se manifeste l’avidité dans ma pratique? Puis-je me détacher de vieilles habitudes? A quoi suis-je trop attaché(e)? (ex. mur, bloc etc.) Ai-je l’esprit ouvert face aux changements qui me permettraient de progresser?

Revenir aux principes de base du yoga dans la pratique posturale nous permet de garder cette pratique vivante, intelligente et de la faire évoluer. De cette façon, la pratique rejoint toutes les dimensions de notre être. « Le yoga donne de la fermeté au corps, de la clarté à l’intelligence, de la pureté au cœur » B.K.S. Iyengar