Le cinquième et dernier des nyamas est Ishvara Pranidhana, l’abandon au divin. Selon le sutra 11-45 des Yoga Sutra de Patanjali traduit par Jean J. Bouchart D’Orval :
« Nous atteignons l’état de parfait samadhi en nous abandonnant totalement au Divin ».
Lorsqu’on regarde les termes utilisés dans ce nyama, pranidhana signifie abandon, renoncement. Ishvara est souvent traduit par Dieu, divinité personnelle ou divin. Le yoga n’est pas une religion et s’adresse à tous, croyants ou non. Pour certains, Ishvara peut être l’énergie cosmique, notre nature essentielle, la sagesse ou la lumière. Quelle que soit la façon de chacun de visualiser ou d’interpréter Ishvara, il s’agit toujours d’une source de conscience, de sagesse et de lumière.
Comment le yoga nous mène-t-il à cet abandon ?
Au début des yoga sutras, Patanjali définit ainsi le yoga : l’arrêt des fluctuations du mental (2eme sutra). Il poursuit au 3eme sutra en disant : alors l’âme s’établit dans sa propre splendeur.
L’arrêt des fluctuations du mental n’est pas un mince programme. Patanjali nous parle des différents obstacles sur la route mais il nous donne aussi les moyens pour progresser. Il nous parle de la pratique et du détachement, les deux piliers du yoga. Les yama et nyama sont à la base de la pratique. Ishvara Pranidhana, le dernier des nyama, est le prolongement, la suite de svadhyaya (étude de soi). Quelles que soient les couches que nous traversons dans l’étude de soi, la route nous mène vers cette source de lumière et de sagesse.
Cette lumière est au creux de notre être en permanence. Elle est notre essence, notre nature profonde. Un endroit fait de tranquillité, de stabilité, de confiance, de gratitude. Cette lumière est souvent voilée par ce qui habite notre conscience, les envies, émotions, pensées que nous nourrissons parfois au point de nous identifier à elles. Nous pouvons alors nous perdre dans la confusion, la peur, la douleur et croire qu’il n’y a pas d’issue, pas d’espoir. Parfois aussi l’égo se gonfle et se croit lui-même la source de lumière. Il faut d’abord se vider, se défaire de ces attaches, cesser l’agitation et le bruit pour pour aller vers un état de grâce et de plénitude.
La pratique du yoga nous apprend à développer notre conscience, à enlever l’inutile, à faire face aux obstacles, à devenir plus libres. La pratique des asanas et du pranayama sont des avenues sûres vers la liberté. Patanjali nous le rappelle au sutra 11-47 : « La perfection dans l’asana est réalisée lorsqu’on le pratique sans effort et que l’être intérieur infini est atteint. B.K.S. Iyengar ajoute : Lorsque le pratiquant atteint cet état d’équilibre, l’attention, l’étirement, la diffusion et la relaxation se produisent simultanément dans le corps et l’intelligence, et fusionnent au cœur de l’âme ». Enfin, le sutra II.52 nous dit que le pranayama détruit le voile qui recouvre la lumière de la connaissance et annonce l’aube de la sagesse.
S’il y a une croyance que nous pouvons tous partager, c’est qu’il y a en chacun de nous cette lumière, cette grâce, cette noblesse qui peut émerger si nous lui laissons la voie libre. Puissions-nous nous le rappeler dans les moments difficiles et continuer la pratique avec persévérance, courage et sérénité.

«Ô fils ou fille de noble naissance, ô toi d’origines glorieuses, souviens-toi de ta vraie nature rayonnante, l’essence de l’esprit. Aie confiance en elle. Retournes-y. C’est ta demeure».  Le livre des morts tibétains.